Après le décès tragique de Atakou Komlan, que fait l’État togolais pour sauver le reste des 2303 enseignants fonctionnaires recrutés en 2019?

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De la nonchalance des trois ministères (Fonction publique, Finances et MEPS) face aux inquiétudes grandissantes des 2303 nouveaux enseignants fonctionnaires à l’heure de la pandémie.
Le Togo vient-il à peine de tourner la page de la Présidentielle, lorsqu’il est plongé dans une crise sanitaire sans précédent. Le confinement clouant tous corps de métier en récession ou au ralenti, les nouveaux enseignants fonctionnaires sont les grands oubliés du moment. Même la situation des personnes vulnérables prises en charge par le gouvernement, est mieux que celle de ces enseignants. En effet, recrutés depuis le 20 septembre 2019 puis ayant pris fonction, pour la grande majorité, début octobre de la même année, ils continuent de souffrir dans un silence, pourtant assourdissant.
Ils sont 2303 enseignants fonctionnaires recrutés le 20 septembre dernier par le biais d’un concours national organisé le 20 novembre 2018. D’après les informations qui nous sont parvenues, après avoir travaillé pendant 6 mois sans salaires, ils ont dû, à travers leur délégation nationale formée de six représentants régionaux, introduire une demande d’Avance sur Solde (AS). A cet effet, un courrier en date du 17 mars 2020 aurait été envoyé au Ministre des enseignements primaire et secondaire (MEPS) qui aurait transmis ledit courrier à la Direction des ressources humaines, département en charge du personnel enseignant sur toute l’étendue du territoire national. Il revenait ensuite à la DRH de le transmettre au ministère des finances, ce qui fut fait à en croire les sources proches de l’autorité compétente. Curieusement, le ministère des finances aurait de la peine à débloquer la situation pour enfin envoyer la décision et les mandats au Trésor public, en charge de payer ces nouveaux fonctionnaires. Force est aussi de constater que jusqu’à présent, c’est seulement quelques centaines qui ont eu leur nomination au titre de fonctionnaire selon le témoignage des enseignants concernés. Or, conformément à la législation nationale, tout nouveau fonctionnaire doit constituer deux dossiers (nomination et prise en compte) avant de commencer par percevoir son salaire. Cette lenteur administrative est-elle donc synonyme de nonchalance à l’endroit de ces frères et sœurs, piliers de l’éducation nationale, ayant eux-aussi, une famille à nourrir ? Ou bien, l’État togolais voudrait-il que ceux-ci s’engagent plutôt dans un mouvement de revendications avant de pouvoir honorer ses prérogatives ? Puisqu’il faut préciser que nulle part dans le Code du travail du Togo, il n’est mentionné que le nouveau fonctionnaire ne doit obtenir ses premiers salaires qu’après six (6), voire sept (7) mois révolus d’exercice de fonction. Nombreux sont ceux qui sont affectés à l’intérieur du pays, sans ressources minimales, tentant désespérément de survivre. On constate, par ailleurs, une totale confusion dans l’application des normes telles qu’édictées par les textes en vigueur.
Du décès d’un des leurs
Comme un coup de massue, l’information était tombée en début de matinée du vendredi 24 avril dernier. Le professeur d’Anglais au Collège d’Enseignement Général (CEG) dans la préfecture de Kpendjal-Ouest (Région des Savanes), à 537 km de Lomé, Komlan ATAKOU, n’est plus. Né le 12 décembre 1978, il s’était inscrit sous le numéro (de table) 44522 lors du Concours de Recrutement des Enseignants Fonctionnaires (CREF), session du 20 novembre 2018.
De sources proches du collège des délégués de cette promotion, l’homme est décédé dans la nuit du jeudi 23 avril dernier à Soumdina, son village natal, des suites d’une maladie bénigne. C’est regrettable qu’après sept (7) mois de service sans salaire, feu Komlan ATAKOU quitte le monde des vivants.
Le décès tragique et regrettable de cet enseignant relance ainsi le débat lié aux situations misérables de vie des enseignants du CREF, session 2018 qui sont déployés à leurs postes respectifs depuis sept (7) mois sans salaire. Pour rappel, cet enième décès porterait à trois le nombre de pertes dans les rangs de la promotion de ces nouvelles recrues.
Aux dernières nouvelles, les multiples tentatives de la délégation nationale de ces nouveaux fonctionnaires auprès des autorités compétentes sont restées lettre morte, ce qui fait perdurer la lamentable et chaotique situation dans laquelle ils vivent. Interrogé à ce sujet, un de leurs délégués réagit : « Le ministère des enseignements primaire et secondaire (MEPS), celui de la fonction publique et celui des finances sont les services en charge de notre dossier. Vu l’urgence de nos plaintes, les trois doivent faire diligence pour régulariser notre situation. Selon des sources proches du dossier, étant donné que l’actuel gouvernement est à terme de son mandat, tous les regards sont tournés vers la prestation du Chef de l’État et la formation d’un nouveau gouvernement. Ainsi donc aucun ministre ne voudrait prendre des décisions qui, en cas de remise en cause par le gouvernement entrant, lui porteraient préjudice plus tard. Un état de chose qui va à notre désavantage. Or la vie ne saurait se résumer qu’à ça. »
Leurs revendications
Leurs aspirations, selon nos informations, sont résumées en trois points :

1- L’octroi d’une avance sur salaire (urgence signalée)

2- La sortie et la publication en pdf de toutes les nominations.

3- L’accélération du traitement de tous les dossiers de prise en compte.

Quelle alternative alors pour ces enseignants au bord du gouffre dans un contexte de lutte contre le COVID-19 ? Tout le gouvernement jusqu’au sommet de l’Etat est vivement interpellé pour trouver une issue rapide aux inquiétudes de ces jeunes fonctionnaires en situation bien délicate.

La Rédaction

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